
Mardi prochain, le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA établies en France doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques. Nous avons vu dans les deux premiers épisodes pourquoi vous êtes concerné et de quoi il s’agit exactement. Reste la partie la plus utile : où en êtes-vous, et que faut-il faire aujourd’hui ?
Bonne nouvelle, cet épisode ne demande ni compétence technique ni budget. Il commence par une vérification gratuite qui prend trente secondes et qui vaut mieux que toutes les promesses commerciales que vous pourriez lire ailleurs.
Le test des trente secondes
Ouvrez l’annuaire national de la facturation électronique, à l’adresse facturation.chorus-pro.gouv.fr/annuaire. Il est en accès libre depuis le 18 septembre 2025 : pas de compte à créer, pas d’identifiant, pas de mot de passe. Tapez votre numéro SIREN — les neuf chiffres, sans espaces — ou le nom de votre entreprise.
Cet annuaire est tenu par l’administration fiscale et l’Agence pour l’informatique financière de l’État. C’est le carnet d’adresses officiel du dispositif : il indique, pour chaque entreprise, quelle plateforme reçoit ses factures. Quand un fournisseur vous adressera une facture électronique, c’est là que sa propre plateforme ira chercher votre adresse.
Le résultat qui s’affiche vous place dans l’un des deux cas suivants, et la suite de cet article dépend entièrement de celui dans lequel vous vous trouvez.
Cas n° 1 : une plateforme de réception apparaît
Si l’annuaire affiche une adresse électronique de facturation et le nom d’une plateforme de réception, la chaîne fonctionne. Vos fournisseurs savent où livrer, et vous n’avez rien à faire mardi matin. C’est le cas si vous utilisez déjà un outil de facturation raccordé à une plateforme agréée, ou si votre expert-comptable s’en est chargé pour vous — c’est fréquent, et beaucoup d’indépendants découvrent à cette occasion que le sujet était déjà réglé.
Prenez tout de même trente secondes de plus pour vérifier que les informations affichées sont exactes : dénomination, SIREN, établissement. Une donnée erronée dans l’annuaire produit exactement le même effet qu’une absence de donnée — la facture ne trouve pas sa destination.
Vous pouvez alors passer directement à la dernière section de cet article, celle qui explique ce qu’il ne faut pas faire demain.
Cas n° 2 : rien n’apparaît, ou aucune plateforme n’est indiquée
C’est la situation de la majorité des indépendants aujourd’hui — une étude menée en mars 2026 auprès de dirigeants de très petites entreprises indiquait que la moitié d’entre eux ne seraient pas prêts à l’échéance, et qu’un quart seulement avait choisi une plateforme. Vous n’êtes donc ni en retard sur les autres, ni dans une situation exceptionnelle. Il reste quatre étapes, et elles tiennent en une demi-heure.
Première étape : vérifiez vos données d’identification. Votre numéro SIREN, votre SIRET, la dénomination exacte sous laquelle vous êtes immatriculé. Ce sont ces informations qui servent d’adresse. Si vous avez déménagé, changé de forme juridique ou modifié votre activité sans mettre à jour votre situation, c’est le moment de le constater.
Deuxième étape, et c’est la seule qui compte vraiment : désignez une plateforme agréée. Deux chemins possibles. Soit votre outil de facturation actuel est déjà raccordé à l’une d’elles — regardez sur son site s’il affiche le logo officiel « plateforme agréée » ou « solution compatible », et vérifiez le nom de la plateforme partenaire dans la liste publiée sur impots.gouv.fr. Soit ce n’est pas le cas, et il faut alors choisir une solution. C’est l’objet de l’épisode 4, publié demain ; si vous voulez régler la question aujourd’hui, sachez qu’il existe des offres gratuites et que la liste officielle des plateformes agréées est consultable librement.
Troisième étape : revenez sur l’annuaire quelques jours après votre inscription et refaites le test. C’est important, parce que vous ne vous inscrivez pas vous-même dans l’annuaire — c’est votre plateforme qui vous y déclare. Tant que cette déclaration n’a pas été faite, vous n’êtes pas joignable, quels que soient les logos affichés sur le site de votre prestataire. L’annuaire est le seul juge de paix.
Quatrième étape : décidez où vos factures reçues vont atterrir et qui les regarde. Cela paraît anodin quand on travaille seul, mais une facture fournisseur qui arrive désormais dans un espace en ligne plutôt que dans votre boîte mail peut passer inaperçue pendant des semaines. Prenez l’habitude, dès septembre, d’y jeter un œil au même moment que votre boîte mail.
Prévenir ses clients et fournisseurs : utile, mais pas obligatoire
Beaucoup d’articles présentent l’information de vos partenaires comme une étape réglementaire. Ce n’en est pas une : aucun texte ne vous impose d’écrire à vos clients pour leur annoncer votre adresse de facturation électronique. Le guide publié par l’administration en juillet 2026 évoque simplement le fait d’informer ses clients lorsque cela facilite le traitement.
Cela reste une bonne pratique, et elle a un intérêt commercial direct : un client grand compte qui bascule en émission dès septembre appréciera de savoir que vous êtes joignable. Un message de trois lignes suffit — votre SIREN, le nom de votre plateforme de réception, et le fait que vous êtes prêt. C’est aussi, accessoirement, une bonne raison de reprendre contact avec des clients que vous n’avez pas relancés depuis le printemps.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire cette semaine 🚫
Premier réflexe à éviter : basculer toutes vos factures en Factur-X en croyant que c’est obligatoire. Ça ne l’est pas. Votre obligation d’émettre au format électronique ne commence qu’au 1er septembre 2027 si vous êtes une PME, une TPE ou une micro-entreprise. D’ici là, vous pouvez continuer à envoyer vos factures exactement comme aujourd’hui, en PDF par e-mail. Rien ne vous empêche de basculer plus tôt si votre outil le permet — c’est même une bonne façon de prendre de l’avance — mais ce n’est pas ce que la loi vous demande mardi.
Deuxième réflexe à éviter : refuser une facture fournisseur au motif qu’elle vous est arrivée par e-mail et non par le circuit électronique. L’administration a explicitement indiqué qu’une facture reçue par mail, en PDF ou sur papier, ne doit pas être écartée au seul motif qu’elle n’a pas emprunté le chemin attendu, dès lors qu’elle correspond à une opération réelle. La transition va durer, et les deux circuits vont cohabiter pendant des mois.
Troisième réflexe à éviter : payer dans l’urgence un abonnement coûteux vendu comme une mise en conformité de dernière minute. Les offres existent à tous les prix, y compris gratuites, et rien ne justifie de décider en panique le 31 août au soir. Si vous n’avez pas tranché mardi, vous ne serez ni hors la loi ni sanctionné du jour au lendemain — la section suivante explique pourquoi.
Et si je n’ai rien fait ? Ce qui se passe vraiment
Mardi matin, il ne se passe rien de visible. Votre activité continue, vos clients vous paient, vos factures partent comme avant. Le mécanisme qui se met en route est plus discret.
Quand un fournisseur vous adressera une facture électronique, sa plateforme cherchera votre adresse dans l’annuaire et ne la trouvera pas. Elle enregistrera alors la facture avec un statut particulier, signifiant qu’elle n’a pas pu être transmise, et cette information remontera à l’administration. Votre absence du dispositif est donc constatée automatiquement, facture après facture. La situation est comparable à celle d’un courrier envoyé à une adresse inexistante : la facture reste due, votre fournisseur pourra vous en envoyer un double, mais le circuit normal ne fonctionne pas.
Côté sanctions, le défaut de recours à une plateforme agréée obéit à un mécanisme progressif : l’administration adresse d’abord une mise en demeure, puis laisse un délai de trois mois pour régulariser. Ce n’est qu’à l’expiration de ce délai qu’une amende de 500 euros peut être appliquée, portée à 1 000 euros après une nouvelle mise en demeure et un nouveau délai de trois mois. Il existe par ailleurs une clause écartant l’amende en cas de première infraction régularisée spontanément ou dans les trente jours suivant une demande de l’administration.
S’y ajoute la tolérance annoncée par le ministre chargé des comptes publics le 11 juillet 2026, qui prévoit de ne pas sanctionner les entreprises de bonne foi engagées dans une trajectoire sérieuse de mise en conformité. Attention toutefois à ne pas la lire comme un report : le calendrier légal est inchangé, l’administration a précisé qu’elle distinguerait ces situations de celles relevant d’une inertie ou d’un refus durable d’entrer dans le dispositif, et cette tolérance n’est bornée par aucune durée annoncée.
La conclusion raisonnable n’est donc ni la panique ni l’indifférence : vous avez le temps de bien choisir, vous n’avez pas le temps de ne rien faire.
Deux ressources gratuites, et une façon de ne plus y penser
L’administration a mis en ligne un questionnaire de quatre questions qui indique précisément quelles obligations s’appliquent à votre situation, selon votre taille, votre clientèle et votre régime de TVA. Elle a également ouvert une assistance téléphonique gratuite au 0806 807 807, du lundi au vendredi. Le guide pratique publié en juillet 2026 répond, lui, à vingt-neuf questions concrètes.
Si votre facturation passe par Moze Connect, la question de la réception est réglée sans démarche de votre part : la plateforme s’appuie sur une plateforme agréée partenaire, prend en charge le format Factur-X et intègre les mentions obligatoires au modèle de facture. Vérifiez tout de même votre présence dans l’annuaire — c’est le seul contrôle qui vaille, et il est gratuit.
Vous avez fait le test ? Reste à savoir comment choisir sérieusement, ce qui distingue une bonne offre d’un produit d’appel, et ce que coûte réellement cette conformité. Rendez-vous demain pour l’épisode 4.