
Prenons une situation typique : Sandrine, aide à domicile, a perdu son emploi salarié au printemps 2025 et a lancé sa micro-entreprise à la rentrée, en continuant de toucher une partie de son allocation chômage. Un matin d'automne 2026, France Travail ne verse plus rien alors qu'elle comptait encore sur plusieurs mois. Elle ne sait pas s'il s'agit d'une erreur, ni ce qu'elle doit faire.
La fin de droits ARE, pour un micro-entrepreneur, désigne le moment où France Travail cesse de verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi, soit parce que le capital de droits est épuisé, soit parce que le plafond de cumul avec l'activité indépendante est atteint, alors que l'activité, elle, continue. Cet article explique comment repérer sa vraie date de fin, quelles aides peuvent prendre le relais et ce qu'il faut préparer côté clients et facturation.
Fin de droits ARE micro-entrepreneur : que se passe-t-il concrètement ?
Quand les droits prennent fin, l'ARE n'est plus versée, mais rien d'autre ne change automatiquement : votre micro-entreprise reste immatriculée et vos déclarations à l'Urssaf se poursuivent. Ce qui change, c'est votre revenu, qui repose désormais sur votre chiffre d'affaires, éventuellement complété par une allocation de solidarité ou par des prestations de la CAF.
Il existe deux manières d'arriver au bout. La première est l'épuisement complet du capital de droits fixé dans votre notification. La seconde, plus discrète, est l'atteinte du plafond de cumul entre l'allocation et vos revenus d'activité, qui peut intervenir avant l'épuisement. C'est souvent celle-ci qui surprend, et elle fait l'objet de la section suivante.
60 % des droits restants auto-entrepreneur : qu'est-ce que la règle du 1er avril 2025 change ?
La règle existe bel et bien. Pour les contrats de travail terminés à partir du 1er avril 2025, le cumul de l'ARE avec les revenus d'une activité indépendante est plafonné à 60 % du capital de droits restant à la date de création de l'activité. Une fois ce plafond atteint, le versement s'arrête, même s'il restait théoriquement des droits.
Cette limite découle de la convention d'assurance chômage du 15 novembre 2024, agréée le 19 décembre 2024 et applicable depuis le 1er avril 2025. La circulaire Unédic n° 2025-03 la décrit comme le plafonnement du cumul de l'ARE avec les revenus d'une activité non salariée dans la limite de 60 % des droits ARE restants, sous réserve d'un recours à l'instance paritaire régionale. Si votre contrat de travail s'est terminé avant le 1er avril 2025, vérifiez sur votre notification quelle règle s'applique à vous. À titre d'exemple chiffré, avec 10 000 euros de droits restants au moment de la création, le cumul ne pourrait mobiliser qu'environ 6 000 euros d'allocations. Le montant exact figure dans votre espace personnel France Travail.
Que devient le reste ? Les sites officiels décrivent deux voies, dont les formulations diffèrent légèrement. Vous pouvez saisir l'instance paritaire régionale (IPR) en justifiant que vous poursuivez votre activité sans en tirer de revenus. Vous pouvez aussi, selon France Travail, récupérer les droits non consommés en cas de cessation d'activité, en vous réinscrivant après application d'un différé. Si votre activité vous rémunère déjà, la première voie est en pratique fermée ; si vous envisagez d'arrêter, la seconde suppose de mesurer ce que vous perdez côté clients.
Enfin, ne confondez pas ce plafond avec l'ARCE, l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise. Celle-ci correspond aussi à 60 % des droits restants, mais versés en capital en deux fois, pour les fins de contrat à partir du 1er juillet 2023, et elle n'est pas cumulable avec le versement de l'allocation. Nous l'évoquons dans notre article sur le plafonnement du chômage après une rupture conventionnelle.
Mes droits chômage se terminent, je suis auto-entrepreneur : quelles aides prendre ensuite ? 📅
Trois relais existent, qui ne s'excluent pas toujours : l'allocation de solidarité spécifique (ASS) versée par France Travail, puis le RSA et la prime d'activité versés par la CAF. Le bon choix dépend de votre passé salarié et des ressources de votre foyer.
L'allocation de solidarité spécifique (ASS)
L'ASS prend le relais de l'ARE si vous justifiez de cinq ans d'activité salariée sur les dix ans précédant la fin de votre contrat de travail, si vous recherchez activement un emploi et si vos ressources restent sous le plafond, fixé à 1 363,60 euros par mois pour une personne seule en métropole selon France Travail. Elle se demande depuis l'espace personnel, à partir de 30 jours avant la fin de l'ARE et jusqu'à 60 jours après, et elle est attribuée par périodes de six mois renouvelables. La condition de recherche d'emploi mérite d'être discutée avec votre conseiller, car elle se combine mal avec une activité qui occupe déjà vos journées.
Le RSA et la prime d'activité
La CAF prend en compte votre chiffre d'affaires par la déclaration trimestrielle de ressources, en appliquant un abattement forfaitaire qui dépend de la nature de l'activité : 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations de services relevant des bénéfices industriels et commerciaux, 34 % pour les professions libérales. Le montant versé diminue progressivement quand vos ressources augmentent.
La règle de décision est la suivante : si vous remplissez la condition des cinq ans et que vos ressources sont sous le plafond, demandez d'abord l'ASS ; si vous ne remplissez pas cette condition ou que vos ressources sont trop élevées, tournez-vous vers la CAF pour le RSA ou la prime d'activité ; si votre chiffre d'affaires couvre déjà vos besoins, la fin de l'ARE sera surtout une échéance administrative.
Comment faire quand son chiffre d'affaires doit remplacer l'allocation ?
Il faut transformer la fin de l'ARE en question de trésorerie : quel chiffre d'affaires mensuel faut-il pour retrouver le revenu que l'allocation complétait, et comment l'encaisser plus vite ? Deux leviers agissent directement : émettre ses factures sans attendre la fin du mois, et remplir son agenda avec des clients récurrents plutôt qu'avec un seul gros client.
Un exemple parlant : une petite entreprise de nettoyage qui facture ses clients à la fin de chaque trimestre se retrouve avec trois mois de trésorerie en attente, précisément quand l'allocation disparaît. Facturer chaque intervention ou chaque mois change l'équation sans changer le travail. De même, un jardinier qui ne relance ses impayés qu'une fois par trimestre a tout intérêt à raccourcir ce délai avant l'échéance. Le principe vaut aussi pour une graphiste dont deux clients représentent l'essentiel du chiffre d'affaires : si l'un s'arrête, c'est tout le revenu qui vacille.
Si votre chiffre d'affaires mensuel couvre déjà ce que l'ARE complétait, alors la fin de droits est une simple date à noter ; s'il n'en couvre que la moitié, alors mieux vaut viser plusieurs clients récurrents qu'un contrat unique. Gardez aussi un œil sur le plafond de chiffre d'affaires de la micro-entreprise, 83 600 euros pour les prestations de services et 203 100 euros pour la vente, sur la période 2026-2028.
Sur Moze Connect, un livre de recettes à jour et des factures conformes à la facturation électronique donnent une vision claire du mois en cours, ce qui aide à savoir où l'on en est avant que l'allocation ne s'arrête. Et quand une demande dépasse votre métier ou votre agenda, l'apport d'affaires permet de la confier à un confrère du réseau tout en gardant le lien. Pensez aussi à votre protection sociale sans allocation, que nous abordons dans l'indemnisation de l'arrêt maladie des micro-entrepreneurs. Si vous venez du portage salarial, la logique est voisine : voyez quitter le portage salarial pour la micro-entreprise.
Que faire dans les trois mois qui précèdent la fin de vos droits ?
Il faut agir dans cet ordre : identifier sa vraie date de fin, déposer sa demande d'ASS au bon moment, simuler ses droits auprès de la CAF, puis consolider ses revenus d'activité. Chaque étape a son propre délai, et les rater coûte des mois de versements.
Commencez par relire votre notification et votre espace personnel pour repérer si le plafond de 60 % s'applique à vous et à quelle date il sera atteint. Déposez ensuite la demande d'ASS dans la fenêtre des 30 jours qui précèdent la fin de l'ARE, si vous remplissez les conditions. Faites en parallèle une simulation de RSA ou de prime d'activité auprès de la CAF. Enfin, relancez vos clients en attente, proposez des prestations récurrentes et vérifiez que vos déclarations Urssaf sont à jour.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il à la fin de mes droits ARE si je suis auto-entrepreneur ?
L'allocation n'est plus versée, mais votre micro-entreprise continue normalement : immatriculation, déclarations et cotisations Urssaf restent identiques. Selon votre situation, vous pouvez demander l'allocation de solidarité spécifique à France Travail ou le RSA et la prime d'activité à la CAF. Aucune de ces aides n'est automatique : chacune nécessite une demande.
Le cumul ARE et micro-entreprise s'arrête-t-il vraiment à 60 % des droits restants ?
Oui, pour les contrats de travail terminés à partir du 1er avril 2025. Le cumul de l'ARE avec les revenus d'une activité indépendante est plafonné à 60 % du capital de droits restant à la date de création de l'activité, en application de la convention d'assurance chômage du 15 novembre 2024. Une fois ce plafond atteint, le versement cesse.
Puis-je récupérer les 40 % de droits restants ?
Deux voies sont décrites par les sites officiels. Vous pouvez saisir l'instance paritaire régionale en justifiant la poursuite de votre activité sans revenus, ou, selon France Travail, récupérer les droits non consommés en cessant votre activité et en vous réinscrivant après application d'un différé. Vérifiez votre cas auprès de votre conseiller.
L'ARCE et le plafond de 60 % sont-ils la même chose ?
Non. L'ARCE est une aide versée en capital, égale à 60 % des droits ARE restants pour les fins de contrat à partir du 1er juillet 2023, payée en deux fois et non cumulable avec l'allocation. Le plafond de 60 % du cumul, lui, limite la durée pendant laquelle on touche l'ARE tout en exerçant une activité indépendante.
Ai-je droit à l'ASS après la fin de l'ARE avec une micro-entreprise ?
Peut-être : il faut justifier de cinq ans d'activité salariée sur les dix ans précédant la fin de contrat, rechercher activement un emploi et rester sous le plafond de ressources, 1 363,60 euros par mois pour une personne seule en métropole selon France Travail. La demande se fait depuis l'espace personnel, dès 30 jours avant la fin de l'ARE.