
Une aide à domicile installée près de Carpentras travaille avec une plateforme de mise en relation, en complément des clients particuliers trouvés par le bouche-à-oreille. En août, la plateforme lui a annoncé qu'elle calculerait et prélèverait elle-même ses cotisations sociales, et qu'elle n'aurait plus à déclarer ce chiffre d'affaires à l'Urssaf. Sa première réaction a été un soulagement. La deuxième, une question : « et mon chiffre d'affaires, du coup, il est où ? »
Le prélèvement à la source des cotisations sociales par les plateformes numériques est un dispositif par lequel l'opérateur d'une plateforme calcule lui-même les cotisations et contributions dues par le micro-entrepreneur sur les revenus réalisés par son intermédiaire, les retient sur les sommes qu'il lui verse, puis les reverse à l'Urssaf en déclarant pour son compte le chiffre d'affaires correspondant. Il est prévu par l'article 6 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024 et devient obligatoire pour toutes les plateformes au 1er janvier 2027.
Comment fonctionne le prélèvement à la source des cotisations par les plateformes ?
C'est un transfert de démarche, pas un nouveau prélèvement. La plateforme applique le taux de cotisations que l'Urssaf lui communique pour votre activité et votre situation, retient le montant correspondant sur ce qu'elle vous doit et vous verse le solde. Chaque début de mois, elle déclare à l'Urssaf, pour votre compte, le chiffre d'affaires réalisé chez elle et les cotisations prélevées, puis reverse les sommes. Votre taux ne change pas d'un centime.
Le calendrier tient en trois temps. Depuis avril 2026, des plateformes volontaires l'appliquent par anticipation — Extracadabra, Les Sherpas, Mon Spécialiste Auto, StaffMe, Student Pop, Truckrs, Uber Eats et Wecasa figurent parmi les premières. Une nouvelle étape intervient le 1er octobre 2026 avec d'autres opérateurs volontaires. Au 1er janvier 2027, le dispositif devient obligatoire pour toutes les plateformes de mise en relation, sous peine d'une pénalité pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires concerné. La liste des plateformes engagées évolue : celle publiée sur autoentrepreneur.urssaf.fr est la seule à jour.
Suis-je concerné, et à partir de quand ?
Vous l'êtes si vous êtes micro-entrepreneur et qu'une partie de votre activité passe par une plateforme ayant engagé le dispositif. Si la vôtre n'y est pas encore, rien ne change aujourd'hui — mais elle y passera au plus tard le 1er janvier 2027. La règle de décision tient en une phrase : si la mission vous a été apportée par une plateforme figurant sur la liste de l'Urssaf, alors ce chiffre d'affaires ne doit plus être saisi dans votre déclaration ; sinon, il reste entièrement à déclarer par vous.
Le risque le plus concret des premiers mois est le double comptage : redéclarer un chiffre d'affaires que la plateforme a déjà déclaré, et payer deux fois des cotisations sur les mêmes sommes. Le réflexe qui l'évite est simple. Le détail des déclarations transmises par les plateformes pour votre compte — chiffre d'affaires et cotisations prélevées — est consultable sur votre espace en ligne autoentrepreneur.urssaf.fr. Allez-y chaque mois pendant la transition, avant de valider votre propre déclaration.
Ce que la plateforme fait à votre place, et ce qu'elle ne fera jamais
Elle fait trois choses : elle calcule vos cotisations sur le chiffre d'affaires réalisé chez elle, elle les prélève, elle les déclare et les reverse. Pour un indépendant dont l'essentiel de l'activité passe par un seul opérateur, c'est une charge mentale qui disparaît.
Tout le reste vous appartient toujours. Le chiffre d'affaires réalisé ailleurs continue d'être déclaré par vous, au même rythme qu'avant. Vos factures restent les vôtres, avec leurs mentions obligatoires et l'obligation de pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026. Votre livre des recettes reste obligatoire dans son intégralité, chiffre d'affaires plateforme compris : quelqu'un déclare à votre place, vous n'en cessez pas pour autant de devoir tenir vos comptes. Déclaration annuelle de revenus, cotisation foncière des entreprises, TVA le cas échéant : rien de tout cela ne bouge.
Et surtout, personne ne fait le total. La plateforme connaît ce qui passe par elle. L'Urssaf reçoit les deux flux mais ne vous alerte pas quand l'addition approche d'une limite. Le seul endroit où votre activité existe en entier, c'est chez vous.
Vos seuils ne se surveillent pas tout seuls
Le chiffre d'affaires prélevé à la source reste du chiffre d'affaires. Il compte dans le plafond du régime micro comme dans les seuils de la franchise en base de TVA, au même titre que celui de vos clients directs. C'est le point le plus mal compris du dispositif, et celui qui coûte le plus cher quand on se trompe.
Les chiffres à avoir en tête pour 2026-2028 : le régime micro s'applique jusqu'à 83 600 € de chiffre d'affaires annuel en prestations de services et activités libérales, 203 100 € en vente de marchandises et hébergement. Côté TVA, la franchise en base s'arrête à 37 500 € en prestations de services et 85 000 € en vente, avec des seuils majorés au-delà desquels la TVA devient exigible sans délai.
Prenons une entreprise de nettoyage tenue par une gérante seule. Elle réalise 22 000 € par une plateforme qui prélève désormais ses cotisations, et 19 000 € auprès de copropriétés qu'elle facture directement. Chacun de ces deux chiffres est confortablement sous le seuil de TVA. Leur somme, 41 000 €, ne l'est pas. Si elle ne regarde que sa déclaration Urssaf, qui n'affiche plus que les 19 000 €, elle franchira le seuil sans le voir.
Nous avons consacré un article entier à ce mécanisme : le piège du dépassement de seuil de TVA mérite une lecture avant, pas après.
Comment garder la main sur son chiffre d'affaires quand la plateforme déclare pour vous ?
En se donnant un endroit unique où tout arrive. La déclaration Urssaf jouait ce rôle par accident : en vous obligeant à saisir un montant plusieurs fois par an, elle vous forçait à regarder vos chiffres. Ce réflexe disparaît pour la part plateforme ; il faut le remplacer par un suivi volontaire.
L'outil existe déjà, et il est obligatoire : c'est le livre des recettes, dont nous avons détaillé les règles avec celles du registre des achats. La nouveauté, c'est qu'il devient aussi votre seul tableau de bord consolidé.
C'est exactement le travail que fait la gestion comptable de Moze Connect. Le livre des recettes s'alimente automatiquement à partir des factures que vous émettez : vous ne recopiez rien, chaque facture s'y inscrit dans l'ordre, avec sa date et son mode de règlement. Le livre de dépenses, alimenté par le mozeur, s'intègre au calcul de la TVA en parallèle des recettes. Les alertes de seuils se déclenchent à l'approche de la limite, non une fois qu'elle est franchie. Et les déclarations Urssaf et TVA s'obtiennent en un clic. Reste à y reporter les sommes versées par la plateforme, que vous ne facturez pas vous-même — mais au même endroit que le reste, et c'est tout l'intérêt : l'addition se fait enfin quelque part.
Et si la vraie question était votre dépendance à la plateforme ? 🤝
Le dispositif est neutre, mais il envoie un signal. Plus la part de votre activité qui transite par un intermédiaire est grande, plus une partie de votre gestion vous échappe : d'abord la déclaration, ensuite la relation client, parfois le prix. Ce n'est pas un procès — les plateformes remplissent des plannings, et c'est précieux. C'est une question d'équilibre.
L'autre canal, moins visible, c'est le réseau de pairs. Une assistante de vie qui ne peut pas prendre une famille de plus, un artisan plein pour trois mois : ces demandes se perdent au lieu de circuler. Sur Moze Connect, l'apport d'affaires permet à un apporteur de déléguer la fiche client à un bénéficiaire, avec une rétrocession définie librement entre eux : le bénéficiaire facture le client, et la facture de commission de l'apporteur est générée automatiquement à l'émission, puis réglée lors du rapprochement automatique des paiements via un prestataire de paiement sécurisé.
Quand la mission est trop grosse pour une seule personne, la facturation collaborative fonctionne de la même façon : un chef de file émet le devis commun et le bordereau de facturation, chaque coéquipier y figure avec sa part et retrouve sa propre facture générée automatiquement. Dans les deux cas, rien ne se règle de la main à la main : chacun cotise sur ce qu'il a réellement encaissé — ce qui, quand on surveille des seuils, n'est pas un détail.
Si le sujet vous intéresse, nous avons passé en revue les six façons de travailler à plusieurs quand on est indépendant, avec leurs avantages et leurs limites respectives.
Questions fréquentes
Le prélèvement à la source par la plateforme augmente-t-il mes cotisations ?
Non. Le dispositif ne modifie ni le taux ni l'assiette de vos cotisations sociales. La plateforme applique le taux que l'Urssaf lui communique pour votre activité et votre situation, y compris si vous bénéficiez d'un taux réduit. Seuls changent le moment et l'auteur du paiement : les cotisations sont retenues sur le versement au lieu d'être payées par vous après déclaration.
Dois-je encore déclarer mon chiffre d'affaires à l'Urssaf ?
Oui, pour tout ce qui ne passe pas par une plateforme engagée dans le dispositif : clients directs, missions transmises par un confrère, chantiers facturés en propre, selon votre périodicité habituelle. Seul le chiffre d'affaires réalisé par l'intermédiaire d'une plateforme concernée sort de votre déclaration, puisqu'elle le déclare pour votre compte.
Ce chiffre d'affaires compte-t-il dans les seuils de la micro-entreprise et de la TVA ?
Oui, intégralement. Le chiffre d'affaires prélevé à la source s'additionne à celui que vous déclarez vous-même pour apprécier le plafond du régime micro — 83 600 € en prestations de services, 203 100 € en vente de marchandises sur 2026-2028 — comme les seuils de la franchise en base de TVA. Aucun de ces deux flux n'est neutralisé : c'est bien le total qui compte.
Est-ce la même chose que le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu ?
Non, ce sont deux mécanismes distincts. Celui-ci porte sur les cotisations sociales versées à l'Urssaf. Le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu prend pour les indépendants la forme d'acomptes calculés par l'administration fiscale — sauf si vous avez opté pour le versement libératoire, auquel cas l'impôt est réglé en même temps que les cotisations.
Je suis redevable de la TVA : ai-je quelque chose de particulier à faire ?
Oui, communiquez votre numéro de TVA à la plateforme. Le prélèvement se calcule sur un chiffre d'affaires hors taxes ; si la plateforme ne connaît pas le montant de TVA que vous appliquez, elle doit le signaler à l'Urssaf dans sa déclaration mensuelle et une procédure de régularisation s'engage. Un numéro transmis à temps évite entièrement cette démarche.
À faire avant le 1er octobre
Vérifiez si l'une de vos plateformes est concernée. Si oui, cessez de déclarer à l'Urssaf le chiffre d'affaires réalisé chez elle et contrôlez chaque mois ce qu'elle a déclaré pour vous. Continuez à déclarer tout le reste, tenez votre livre des recettes en entier, et surveillez la somme des deux flux au regard de vos seuils : c'est la seule chose que personne ne fera à votre place. Pour voir comment Moze Connect automatise ce suivi, rendez-vous sur moze.fr.