
Deuxième épisode de « Compte à rebours 2027 », notre série du jeudi qui vous accompagne, étape par étape, jusqu'à l'obligation d'émettre vos factures en électronique.
Une plateforme agréée est un opérateur de dématérialisation immatriculé par l'État, chargé de transmettre et de recevoir les factures électroniques des entreprises et de communiquer à l'administration les données de facturation. Pour un auto-entrepreneur, la choisir revient à choisir le canal officiel par lequel passeront ses factures. On peut contracter directement avec elle ou passer par son outil de facturation habituel, à condition qu'il y soit raccordé, et l'on peut en changer si ses besoins évoluent.
Après le calendrier posé dans le premier épisode, place au choix de l'outil. Pas de comparatif de marques : des questions à poser, à vous-même puis au prestataire. Si vous découvrez le sujet, l'épisode de notre série « pour les nuls » consacré à bien choisir son outil sans se faire avoir explique la différence entre plateforme agréée, solution compatible et simple logiciel de facturation.
Un auto-entrepreneur doit-il vraiment choisir une plateforme agréée ?
Oui. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques, et l'obligation d'émission sera étendue aux petites et très petites entreprises au plus tard le 1er septembre 2027. Ces échanges passent obligatoirement par une plateforme agréée.
L'administration fiscale le dit sans détour : la France a fait le choix de ne pas créer de portail public unique. Il n'existe donc pas de « solution de l'État » vers laquelle se tourner par défaut. Chaque entreprise choisit sa plateforme dans la liste publiée sur impots.gouv.fr, soit directement, soit par l'intermédiaire de sa solution habituelle : logiciel de gestion ou de comptabilité, expert-comptable, banque ou autre prestataire.
L'administration a annoncé une approche pédagogique pendant la phase de démarrage, mais elle précise que cette approche ne constitue ni un report ni une suspension de l'obligation. Il reste un peu moins de dix mois avant l'échéance d'émission : c'est le bon moment pour choisir sans précipitation.
Avant d'appeler un prestataire : trois questions à se poser
La bonne plateforme dépend d'abord de votre activité. Trois questions suffisent à dessiner votre besoin, et elles vous éviteront de payer pour ce dont vous n'avez pas l'usage, ou de découvrir trop tard ce qui manque.
Qui sont mes clients ?
Amandine est coach de dirigeants. Elle accompagne les comités de direction de trois ETI et d'une banque privée, ainsi qu'une dizaine de cadres dirigeants qui financent eux-mêmes leur coaching. Ses factures aux entreprises deviendront des factures électroniques ; ses accompagnements payés à titre personnel relèveront de la transmission de données à l'administration. Pour elle, une plateforme qui ne traiterait que les échanges entre entreprises laisserait de côté une partie de son activité. Faites le même tri sur votre propre liste : entreprises établies en France, particuliers, clients à l'étranger.
Avec quel outil je facture aujourd'hui ?
Yanis est photographe et vidéaste corporate. Il établit ses devis, ses factures d'acompte et ses factures de solde pour des marques et des agences dans un logiciel qu'il utilise depuis des années. La première question à poser n'est pas « quelle plateforme choisir ? », mais « mon logiciel est-il raccordé à une plateforme agréée ? ». Si oui, il n'y a peut-être rien de plus à signer. Si non, il faudrait vérifier comment la plateforme envisagée s'articulerait avec l'outil existant, pour éviter de ressaisir chaque facture deux fois.
Qui d'autre touche à mes factures ?
Chloé est traductrice juridique. Elle facture des cabinets d'avocats et des directions juridiques, et confie sa déclaration de revenus à une experte-comptable une fois par an. Avant de choisir, elle aurait intérêt à demander à cette dernière avec quels outils elle travaille déjà. Un outil choisi avec la personne qui exploitera les données vaut mieux qu'un outil choisi seul.
Quelles questions poser à une plateforme agréée avant de signer ? ❓
Sept questions couvrent l'essentiel. Demandez des réponses écrites, dans la documentation ou le contrat, plutôt que des promesses orales : c'est ce document que vous relirez le jour où quelque chose bloque.
1. Sur quelle liste officielle figurez-vous ?
La page des plateformes agréées publiée sur impots.gouv.fr distingue deux listes : les opérateurs qui satisfont à l'ensemble des conditions, tests d'interopérabilité compris, et ceux qui ont déposé un dossier complet et conforme mais attendent leur immatriculation définitive, conditionnée à la réussite de ces tests. Si vous passez par un logiciel, demandez le nom de sa plateforme partenaire et vérifiez-le vous-même dans ces listes.
2. Ma réception est-elle déjà active, et suis-je bien référencé dans l'annuaire ?
La facturation électronique s'appuie sur un annuaire mis à disposition par l'administration, qui permet de savoir à quelle plateforme adresser les factures d'une entreprise, à partir notamment de son SIREN. La réception étant obligatoire depuis septembre 2026, une bonne réponse indiquerait comment et quand votre SIREN est rattaché à la plateforme, et comment vous le vérifiez.
3. Prenez-vous en charge mes ventes aux particuliers et à l'étranger ?
À compter de l'obligation d'émission, l'extension s'accompagne d'une transmission de données de transaction et de paiement à l'administration, notamment pour les opérations qui ne donnent pas lieu à une facture électronique. Pour Amandine, c'est décisif. Nous avons détaillé l'e-reporting de vos ventes aux particuliers dans un article dédié ; ici, il suffit de demander si ce flux est inclus, et comment il est alimenté.
4. Que se passe-t-il quand une facture est rejetée ou refusée ?
Une facture peut être bloquée pour un motif technique, ou refusée par le client. Le guide de l'administration précise que le refus du client est obligatoirement motivé. Une bonne plateforme devrait vous prévenir clairement, vous indiquer le motif et vous permettre de corriger sans tout recommencer. Une facture bloquée sans que vous le sachiez, c'est un paiement qui n'arrive pas.
5. Mes factures alimentent-elles directement ma comptabilité ?
Pour un micro-entrepreneur, le livre des recettes et le suivi des seuils de TVA restent des obligations du quotidien. Une plateforme isolée de votre outil de facturation vous obligerait à tenir les mêmes informations à deux endroits. La question à poser : les factures émises et reçues remontent-elles automatiquement là où vous faites votre comptabilité ?
6. Comment je pars, si un jour je veux partir ?
L'administration rappelle qu'une entreprise peut changer de plateforme, notamment si ses besoins évoluent. Reste à savoir ce que deviennent vos factures passées : dans quel format les récupérez-vous, dans quel délai, et à quelles conditions ? Ces points relèvent du contrat.
7. Qui me répond quand ça bloque ?
Un rejet un vendredi soir, un client qui ne trouve pas votre adresse de facturation : ce jour-là, la qualité de l'assistance compte plus que la liste des fonctionnalités. Demandez par quel canal on vous répond, et dans quels délais.
Les réponses qui devraient vous alerter
Certaines réponses valent avertissement. Un prestataire qui reste vague sur le nom de sa plateforme partenaire, qui affirme que vous êtes « conforme » sans préciser sur quelle liste il figure, ou qui ne sait pas dire comment récupérer vos factures en cas de départ, vous apprend quelque chose d'important.
Même vigilance face à l'urgence : les dates sont connues, et un démarchage qui vous presse de signer « avant qu'il soit trop tard » devrait plutôt vous inciter à comparer.
Ce que répond Moze Connect à ces questions
Si vous facturez avec Moze Connect, la réponse à la première question est simple : MozeConnect est raccordé à Super PDP, Plateforme Agréée immatriculée par la DGFiP. Vous n'avez donc pas de contrat séparé à gérer pour la conformité.
Pour la cinquième question, les factures que vous créez alimentent votre livre des recettes, des alertes vous préviennent à l'approche des seuils de TVA et vos déclarations Urssaf sont préparées à partir de ces données. Les paiements font l'objet d'un rapprochement automatique via un prestataire de paiement sécurisé. Et si Amandine décroche un jour un séminaire de direction trop vaste pour elle seule, elle peut y répondre avec un autre coach : en tant que chef de file, elle émet le devis commun et le bordereau, son coéquipier a son propre lien contractuel avec le client et sa propre facture, générée automatiquement, et chacun est payé en même temps. Le détail est sur notre guide de la facturation électronique pour les indépendants, et les formules sur moze.fr.
Questions fréquentes
Une plateforme agréée est-elle obligatoire pour un auto-entrepreneur ?
Oui. Toute entreprise doit pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026 et devra les émettre au plus tard le 1er septembre 2027 si elle est une petite ou très petite entreprise. Ces échanges transitent par une plateforme agréée. L'auto-entrepreneur peut contracter directement avec elle ou utiliser un logiciel de facturation qui y est raccordé, ce qui revient au même pour la conformité.
Où trouver la liste officielle des plateformes agréées ?
La liste est publiée par l'administration fiscale sur impots.gouv.fr, à la page consacrée aux plateformes agréées. Elle distingue les opérateurs qui remplissent toutes les conditions, tests d'interopérabilité compris, et ceux dont le dossier est complet mais dont l'immatriculation définitive dépend encore de ces tests. Si vous passez par un logiciel, c'est le nom de sa plateforme partenaire qu'il faut y chercher.
Peut-on changer de plateforme agréée ?
Oui. L'administration indique qu'une entreprise peut choisir une plateforme agréée puis en changer, notamment si ses besoins évoluent. Avant de signer, il serait prudent de vérifier dans le contrat ce que deviennent vos factures passées en cas de départ : format de récupération, délai et conditions. Ces éléments conditionnent la facilité réelle du changement, bien plus que la possibilité théorique de partir.
L'État propose-t-il une plateforme publique pour les micro-entrepreneurs ?
Non. L'administration explique que la France a fait le choix de ne pas créer de portail public unique. Les factures électroniques transitent donc par des plateformes agréées, qui sont des opérateurs privés immatriculés par l'État. L'annuaire et la collecte des données restent assurés par l'administration. Pour le coût, il faut se renseigner auprès de chaque prestataire ou de son logiciel de facturation.
Que faire si mon logiciel de facturation actuel n'est pas raccordé ?
Il serait utile de demander d'abord à l'éditeur s'il prévoit un raccordement à une plateforme agréée et à quelle date. Sans réponse claire, deux options se présentent : souscrire directement auprès d'une plateforme agréée compatible avec vos habitudes, ou changer d'outil de facturation. Dans les deux cas, il vaut mieux décider avant le printemps 2027 pour tester le circuit avant l'échéance.
Dans le prochain épisode de « Compte à rebours 2027 », nous nous pencherons sur les nouvelles mentions obligatoires de la facture.